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Les histoires de Connexions Nord – Waukomaun Pawis: bâtir des relations

- 14 November 2017 9:26 am

Waukomaun Pawis est membre de la Première Nation Ojibway de Wasauksing et coordonnateur des programmes autochtones du programme Connexions Nord (CN) à TakingITGlobal. Il travaille avec des enseignants et des directeurs d’écoles dans des collectivités éloignées et nordiques afin de préparer des séances de CN adaptées aux besoins de leurs classes. La portée du programme ne se limite pas à celle du parcours scolaire. Elle comprend des excursions virtuelles dans un musée ou une galerie d’art, par exemple, afin d’offrir aux élèves et aux enseignants des expériences qui seraient inaccessibles à un prix raisonnable dans ces collectivités éloignées.

Waukomaun m’a fait part de son vécu au sein de Connexions Nord. Voici un résumé de notre entretien.

Susannah Scott : Outre votre rôle de coordonnateur des programmes autochtones, y a-t-il d’autres façons dont vous apportez une contribution à Connexions Nord?

Waukomaun Pawis : En plus de porter le chapeau d’intervenant, je suis aussi un fournisseur de contenu. En effet, je crée mon propre contenu pour répondre aux besoins des collectivités avec lesquelles je travaille. Je joue de la guitare et j’ai tenu des séances musicales avec des élèves et des enseignants, ainsi que des séances de perfectionnement professionnel avec des enseignants pour discuter des méthodes d’enseignement et de conseils sur la structure des classes. Je pense que, peu importe la culture, nous avons tous besoin de créer de l’art, des chansons, des paroles et de la poésie, même si ce n’est pas pour le partager. Lorsqu’on prend l’habitude d’exercer sa créativité, on peut pratiquement se convaincre de devenir un artiste à mesure que l’on apprend de nouvelles techniques et compétences.

Je travaille aussi pour relever des lacunes dans certains services et domaines d’éducation dans les écoles. Puisque nous n’avons pas nécessairement le contenu ou les contacts nécessaires pour créer ce contenu, je dois entreprendre les démarches pour trouver des experts invités. Je compte sur un grand réseau de personnes et mes collègues aussi, mais il y a certains domaines où nous n’avons pas vraiment de contacts. Dans ce cas, je cherche une galerie d’art, un aquarium ou un centre culturel autochtone et je les intègre à mon initiative afin de favoriser l’apprentissage des élèves de CN et de leur donner différentes possibilités, qu’elles fassent partie du programme scolaire ou du savoir traditionnel.

Le Canada est une nation diversifiée. Je suis Ojibway, mais je peux seulement parler de ce que je sais de ma propre collectivité, et cela ne reflète pas nécessairement tout le peuple ojibway et ses connaissances. Je peux donc partager mes connaissances, mais je mentionne toujours que c’est ce que mes ancêtres m’ont transmis. Or, une autre communauté pourrait être légèrement différente et avoir une vision distincte. Il y a plus de 600 collectivités autochtones au Canada, sans compter les peuples inuits et métis avec qui nous travaillons. Nous essayons de trouver des fournisseurs de contenu qui peuvent parler à ces collectivités directement et par expérience personnelle. Je ne peux pas parler de l’histoire des Métis ou de leurs expériences et traditions, parce que je ne les ai jamais vécues. Il en va de même pour la culture inuite. Cela ne fait pas partie de mon héritage, donc je ne pourrais pas me mettre à partager des histoires ou créer des œuvres inspirées de leurs traditions. C’est pourquoi nous avons besoin de créer des partenariats et des liens qui favorisent réellement l’apprentissage et de connecter les élèves à leur histoire.

“Si je devais décrire Connexions Nord en un mot, ce serait l’autonomisation.”

SS : Quelle a été votre première expérience avec CN?

WP : [Rires.] Ma première séance avec CN était également mon entretien d’embauche. À la fin de l’entretien, alors que j’étais prêt à rentrer à la maison, les personnes qui me passaient en entrevue m’ont demandé si je souhaitais assister à une séance à l’instant avec un député qui devait discuter de leadership et de différents rôles au sein du gouvernement.

Le député avait quelques minutes de retard parce qu’il essayait de trouver un stationnement. On m’a donc demandé de parler aux élèves. J’ai improvisé un discours sur ce que le leadership signifie pour moi, compte tenu de la collectivité d’où je viens. De nature, je suis très timide : dans une salle pleine de gens, il est difficile pour moi de réseauter. J’ai appris à le faire, mais j’ai encore de la difficulté. Je dois me surpasser, et c’est de cela que j’ai parlé, c’est-à-dire d’avoir à apprendre ces compétences et à me mettre au défi.

J’ai partagé comment notre leadership provient de différentes sources : de nos parents, de notre chef, de notre conseil et des différents paliers de gouvernement : municipal, provincial et fédéral. J’ai aussi parlé des différentes formes de leadership : vous pouvez être un dirigeant, que ce soit en possédant une entreprise ou en étant responsable d’un ministère. C’était ma première séance.

SS : Pourquoi pensez-vous que l’apprentissage par vidéo est efficace et fonctionne dans ce programme?

WP : L’apprentissage par vidéo est crucial à ce programme, parce que c’est l’essence même de la façon dont nous rejoignons ces collectivités nordiques éloignées. Il n’est pas si simple de convier un invité expert dans une salle de classe. C’est pourquoi la technologie est un outil formidable qui nous permet de rejoindre ces élèves et de leur présenter des experts invités virtuellement par vidéoconférence, un média qu’ils connaissent bien et qui ressemble à la télévision. C’est plus excitant que de voir le même enseignant tous les jours. Ainsi, on suscite l’intérêt des élèves. Ces collectivités obtiennent des connexions Internet de plus en plus fiables et utilisent les médias sociaux. Ils apprennent donc ce qui se passe dans le monde extérieur grâce à la télévision, à Internet et aux médias sociaux, mais ils n’ont pas nécessairement la chance d’interagir ou de bâtir des liens. CN favorise ces connexions et ces interactions. Aussi, nous faisons de ces échanges des moments marquants et nous encourageons l’apprentissage afin d’inspirer ces jeunes.

“Nos élèves ont besoin de voir qu’il y a des Autochtones qui réussissent très bien dans leur domaine d’études ou dans leur carrière. Dans certaines de nos collectivités, ce n’est pas quelque chose que l’on voit souvent.”

SS : Pourquoi est-ce important de présenter des modèles autochtones aux élèves de ces collectivités?

WP : Nos élèves ont besoin de voir qu’il y a des Autochtones qui réussissent très bien dans leur domaine d’études ou dans leur carrière. Dans certaines de nos collectivités, ce n’est pas quelque chose que l’on voit souvent. Il y a beaucoup de pessimisme et d’histoires négatives dans ces collectivités, et nos jeunes ont vraiment besoin de voir ces modèles et de constater qu’ils peuvent accomplir tout ce qu’ils veulent dans la vie.

Beaucoup de collectivités autochtones sont touchées par des traumatismes intergénérationnels, la colonisation, les pensionnats et la rafle des années 60, et ces enjeux ont encore des répercussions aujourd’hui. Les Autochtones des Premières Nations ont passé des années à se faire dire par la violence qu’ils n’étaient pas des personnes à moins de se convertir, de changer leurs langues et d’abandonner leurs cultures. Après toutes ces années à se faire dire qu’ils sont sans valeur, les gens finissent par y croire, par intérioriser le racisme et par se comporter négativement envers eux-mêmes et les autres.

Mais je pense que nous en sommes à un tournant. Des Autochtones deviennent médecins et avocats, et ils servent de modèles exceptionnels et positifs aux yeux des enfants. Nous voulons présenter des artistes, des musiciens, des enseignants et des athlètes aux élèves afin qu’ils puissent voir comment ces gens ont réussi et accompli leurs buts et leurs rêves. C’est extraordinaire de voir le visage des élèves rayonner par le simple fait de communiquer avec quelqu’un de l’extérieur de leur collectivité grâce à la technologie.

SS : On dirait que la formation de liens est au cœur du programme. Comment voulez-vous construire ces relations entre vous, les écoles et les fournisseurs de contenu?

WP : Une partie de notre mandat consiste à visiter ces collectivités et à y bâtir des relations en personne. C’est pourquoi je me rends souvent dans une collectivité pour y passer une semaine et pour apprendre des enseignants. Qu’est-ce qu’ils enseignent aujourd’hui? Que nous réserve l’avenir? Puis, je me mets à penser à comment une séance de CN pourrait compléter ou améliorer l’apprentissage, en offrant aux élèves une expérience nouvelle. Aussi, je rencontre les élèves et je collabore avec eux. Une fois, j’étais dans une école et la classe apprenait les mathématiques et, même si je suis loin d’être un enseignant ou un expert en la matière, j’ai été mis dans un groupe avec quelques élèves. C’était une classe de première année qui travaillait sur les suites. C’était tellement amusant de voir le déclic se faire quand ils finissaient par comprendre la suite et par être capables de finir leur feuille. Ils passaient de « je ne sais pas ce que je fais » à « wow, je comprends ».

En tant qu’intervenant qui travaille avec ces élèves, je suis une de ces personnes qu’ils voient régulièrement et avec qui ils peuvent bâtir un lien et communiquer. C’est vraiment une joie d’apprendre à les connaître.

“Je pense que nous en sommes à un tournant. Des Autochtones deviennent médecins et avocats, et ils servent de modèles exceptionnels et positifs aux yeux des enfants.”

SS : Vous avez mentionné comment la créativité et vos séances de guitare bâtissent la confiance. Vous avez décrit comment vous utilisez ces séances : ce n’est pas seulement une leçon éducative. Y a-t-il un petit conseil que vous souhaitez que vos élèves retiennent une fois vos séances terminées? Ou un conseil que vous aimeriez leur dire?

WP : J’aime beaucoup profiter des séances pour bâtir la confiance des jeunes. Alors, j’essaie souvent de glisser un mot de conseil, de petites expériences de vie que je souhaite partager. Même si on a l’impression que son chemin est déjà tracé, on a tous des choix à faire. J’ai grandi avec l’alcoolisme tout autour de moi, mais j’ai choisi de vivre un style de vie sobre parce que je ne voulais pas suivre cette voie. Je sentais qu’en faisant un tel choix, je pourrais redonner à ma communauté et servir de modèle.

SS : Si vous pouviez décrire CN en un seul mot, quel serait-il?

WP : Je ne sais pas comment le dire : susciter la fierté et des connexions, car ces connexions sont réellement significatives à mes yeux.

Si je devais décrire Connexions Nord en un mot, ce serait l’autonomisation.

 

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