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GIEC: et après?

wg3coverLe GIEC, Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat vient de publier son 5ème rapport, l’AR5 ou Assessment Report 5, et alerte une nouvelle fois les Etats afin qu’ils réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre. Le GIEC est chargé par l’ONU de fournir un état des recherches scientifiques sur l’évolution du climat. Près de 20000 études on été ainsi compilées par plus de 800 chercheurs.

Le 5ème rapport a été écrit en 4 tomes et livré au fur et à mesure. Fin septembre 2013, le premier volume était publié: l’état des connaissances scientifiques sur le réchauffement . Fin mars le rapport l’impact et l’adaptation du changement climatique en cours sur les sociétés et écosystèmes était livré, suivi le 13 avril par les réponses à apporter au changement climatique.

Une synthèse des ces rapports sera publiée fin octobre 2014 et clôturera la saga.

Un constat préoccupant

Le bilan s’avère bien plus alarmant que celui de la précédente édition (2007). Le Monde a publié une synthèse très claire sur les points soulevés par le rapport du GIEC.

Le réchauffement climatique est-il notre crise principale à adresser? Hélas non! Notre monde est en crises (environnementale, financière, sociale). Les rapports s’accumulent année après année sur des dysfonctionnements sérieux de notre environnement économique, naturel et social : taux de chômage, réchauffement climatique, crise alimentaire, surpopulation, inégalités, pollutions, crise financière, crise sociale, extinction des espèces animales et végétales, déforestation, etc.

L’évolution d’indicateurs multiples de l’activité humaine et de l’environnement depuis 1750 met en effet en avant une croissance exponentielle. Or une croissance exponentielle ne peut pas continuer indéfiniment à partir de ressources finies. Surtout que de multiples rapports indiquent que des seuils alarmants de consommation de ressources ont été dépassés, comme les travaux de Steffen en 2008 sur l’activité humaine l’indiquent.

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The great acceleration. New Scientist 2008 from Steffen et al 2004

De nouveaux modèles de développement doivent donc être élaborés et mis en place.
Repenser les modèles: vers l’économie circulaire?
Les crises que nous traversons actuellement ne sont pas conjoncturelles mais structurelles. Comme Albert Einstein déclarait : « On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés » . Seule une approche systémique permet d’appréhender de manière globale la situation et de proposer des nouvelles heuristiques afin de la contrôler.
Je pense que l’économie circulaire constitue le modèle le plus approprié pour répondre aux divers défis que la situation amène. L’économie circulaire construit un schéma à partir de l’épanouissement de l’homme et du vivant, basé sur l’innovation et la création de valeur à travers une pensée systémique où le système fonctionne de manière optimale plutôt que sur la recherche de l’efficacité sur certains éléments de l’économie au détriment de sa stabilité. Le principe est de « ne plus faire moins mal mais bien » comme Michael Braungart et William McDonough l’indiquent dans leur ouvrage Cradle-to-Cradle.

 Et sa mise en place nous prendra quelques années…

Et pendant ce temps, que faisons-nous?

Jacques Chirac, alors Président de la République Française, disait: « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs« . Cette phrase a marqué le Sommet mondial du développement durable organisé par les Nations-Unies en 2002 à Johannesburg.

Plutôt que de nier la réalité, la transition vers un modèle vertueux doit s’engager tout de suite. Le principe « save to invest » génère des économies qui financent des investissements totalement pérennes basés sur un modèle d’économie circulaire.

De nombreux champs d’application sont possibles. Par exemple, nous pouvons mieux gérer nos consommations d’énergies grâce à des outils de monitoring et de contrôle comme Cisco EnergyWise Manager (plate-forme issue du rachat de Joulex). Les nombreuses références client à travers le monde montrent qu’en général des économies de l’ordre de 35% de la facture d’énergie sont réalisées. Ces économies peuvent alors être investies dans un plan de transition énergétique.

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Cisco EnergyWise Manager – Gestion et contrôle de l’énergie du bâtiment et du Data Center

Des plans de réduction de déplacements peuvent facilement être mis en oeuvre par l’utilisation des outils de mobilité et de collaboration. Chez Cisco, l’introduction de la Telepresence depuis 2007 a conduit à des économies de l’ordre d’un million de $ par salle… et nous avons installé plus de 1500 salles immersives sur notre réseau! Et dans la sphère publique, je pense à Spot Mairie et ses services administratifs accessibles à distance. Ou encore les télécentres  qui montrent que l’on peut améliorer notre quotidien en effaçant des déplacements contraints.

Les solutions Green IT ne manquent pas. Utilisons-les maintenant!

Olivier.

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Et pour 2014…

Et pour 2014 je vous souhaite une excellente année, pleine de santé, bonheur et succès dans les projets qui vous tiennent à coeur!

Du coté des eco-TIC et du développement durable, 2013 ne restera probablement pas comme un grand cru.

Au niveau international, je n’arrive pas à trouver de points d’inflexion marquants. Ainsi, la conférence mondiale des Nations Unies sur le changement climatique, COP19, qui se tenait à Varsovie n’a pas amené grand développement. Ironie de l’histoire, au même moment se tenait également à Varsovie un sommet international du charbon, organisé avec le support du gouvernement polonais. Voilà le grand écart auquel on assiste: protéger l’environnement mais pas au détriment d’industries qui le mettent à mal. Ou bien l’exploitation à grande échelle des gaz de schiste aux Etats-Unis repousse une fois de plus les efforts américains vers une transition énergétique.

Au niveau national, je ne peux que déplorer le report de la loi sur la transition énergétique ou encore la suspension de l’écotaxe poids lourds (ou devrait-on dire la pollutaxe).

2013 n’a pas tenu ses promesses concernant les mesures phares. Alors, quel espoir?

Et bien, en février se créait l’Institut de l’économie circulaire, présidé par François-Michel Lambert, député de la circonscription de Gardanne.

titre_5676633L’Institut a pour ambition de fédérer et impliquer tous les acteurs et experts concernés dans une démarche collaborative (institutions, collectivités, entreprises, associations,…). En quelques mois, l’intérêt pour le sujet a grandi et le 16 décembre dernier, une conférence rassemblait trois ministres afin de définir une première feuille de route de la France vis-à-vis de l’économie circulaire.

Une démarche à long terme est initiée en vue d’un projet de loi en 2017. L’Institut se hâte lentement…

Si 2017 semble sûrement un peu lointain, rien n’empêche dès 2014 d’anticiper le mouvement et de créer de l’innovation autour de l’économie circulaire.

Mon livre de chevet durant cette période de fête a été « The Upcycle » de William McDonough et Michael Braungart. Les auteurs de « Cradle to Cradle », l’ouvrage fondateur de l’économie circulaire, publié en 2002. se sont remis au travail en 2013 pour livrer le fruit de leur réflexion à la lumière de leur expérience accumulée pendant ces années. « The Upcycle » n’est aujourd’hui disponible qu’en anglais, mais la traduction française est en cours.

image001-187x300Le livre reprend les principes fondateurs de « Cradle to Cradle » et étend le champ d’application au-delà des produits pour imaginer la ville et la société construite selon ces principes dans une approche globale. La proposition est de réinventer notre monde en partant sur des exigences de design claires dans une dynamique d’amélioration continue. Les perspectives deviennent particulièrement enthousiasmantes puisque le développement durable passe du « Reduce, Reuse, Recycle » (où l’on fait moins mal) au « Redesign, Renew, Regenerate » (où l’on améliore).

Utopie? Doux rêves? Les 217 pages sont abondamment illustrées d’exemples de réalisation ou de pistes de création et prouvent la véracité de l’approche.

Avec William McDonough et Michael Braungart, la crise que nous traversons se transforme en une formidable opportunité d’innovations.

Voilà un superbe chantier à initier dès 2014, non?

Olivier.

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Impact de l’économie circulaire sur les biens de consommations: 700 milliards de dollars d’économie par an!!!

La Fondation Ellen MacArthur a présenté lors du Forum de Davos qui se tenait fin janvier la deuxième édition de son rapport sur l’impact de l’économie circulaire en Europe. L’étude cette année a permis de mettre en évidence la pertinence économique de l’économie circulaire sur le secteur des biens de consommations courantes qui représentent environ 60% de la dépense des ménages. L’étude estime les économies réalisées sur les matières premières par une approche d’économie circulaire à 700 milliards de dollars par an! Et elle n’inclut pas les externalités positives amenées au passage comme l’emploi local ou la prévention de la dégradation des ressources naturelles!

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La première étude publiée l’année passée avait mis en avant l’intérêt de l’économie circulaire pour l’économie européenne et avait estimé des gains sur les matières premières de 380 à 630 milliards de dollars par an sur les secteurs des biens manufacturés (plus spécifiquement les voitures, machines à laver et téléphones mobiles).

Les 101 pages de la nouvelle étude reprennent les fondamentaux de l’économie circulaire, examinent les possibilités de transition, chiffrent les impacts économiques et détaillent les scénarios de transition et les nouveaux modèles à mettre en place.

Les TIC s’avèrent essentielles à tous les stades de l’économie circulaire, depuis l’éco-conception, la fabrication, la mise en place du circuit commercial jusqu’au démantèlement et la réutilisation des ressources.

Voilà une mine d’information et de pistes d’innovations à lire et à s’inspirer au plus vite!

Olivier.

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L’ADEME s’intéresse à l’économie circulaire

L’ADEME, l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie, s’intéresse à l’économie circulaire et a lancé un AMI, ou Appel à Manifestation d’Intérêt sur le thème des biens et services éco-conçus et services industriels.

L’AMI a été lancé le 16 décembre dernier, se clôture le 15 mai et je dois avouer que je viens seulement de le découvrir. 🙁

Une enveloppe totale de 200 M€ est mobilisable pour les projets qui seront retenus. Les domaines suggérés dans l’AMI concernent notamment la grande consommation, l’agro-alimentaire, l’hôtellerie, la restauration, les produits et matières de recyclage,… ; cette liste n’étant pas pour autant restrictive à ces thèmes.

J’ai lu attentivement le document et je n’ai pas trouvé de sujet où Cisco pourrait directement participer. Nous avons en effet la plus grosse partie de notre engineering hors de France et la plupart de nos services sont définis de manière globale ou au moins à l’échelle européenne. Difficile donc de participer sur la partie éco-conception de produits ou de services en France.

Par contre, les thèmes proposés demandent la mise en place de nouveaux circuits, courts de préférence. Et la contribution des solutions de collaboration est essentielle pour mettre en relation et accompagner la création de ces nouveaux circuits à travers des places de marché en ligne par exemple. Et là, Cisco peut contribuer! 🙂

Cet AMI est une excellente initiative pour accélérer l’adoption de l’économie circulaire à travers des réalisations concrètes.

J’espère que des postulants nous contacteront afin de travailler sur les aspects TIC de leurs projets…

Olivier.

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Parlez-vous négaWatt?

La transition vers une société durable, basée sur des principes de l’économie circulaire demande à revoir les cycles de production et à travailler sur une éco-conception où les ressources sont préservées tout au long du cycle de vie du produit. Elle demande aussi à recourir à des énergies renouvelables pour toutes les transformations. L’énergie est donc un élément structurant de nos sociétés.  Et en France, nous ne produisons qu’environ 14% de notre énergie à partir de d’énergies renouvelables (essentiellement hydraulique)…

Comment réussir la transition énergétique ?

C’est l’exercice auquel s’est prêté l’association négaWatt qui vient de publier la troisième révision d’un scénario de transition énergétique de 2011 à 2050 dans un épais ouvrage intitulé le Manifeste négaWatt (publié aux éditions Actes Sud – 20€ chez tous les bons libraires).


Cette étude, unique au monde, est issue de l’association négaWatt composée de spécialistes de l’énergie, travaillant sur une approche systémique de la question de l’énergie à l’échelle d’un pays.

Le livre reprend les enjeux, la situation actuelle, la méthode de transition utilisée et propose un scénario de transition réaliste. Il se lit comme un roman ! Sauf que nous sommes dans la vraie vie et que les solutions proposées ne relèvent pas de la science-fiction… Toutes les technologies décrites sont disponibles aujourd’hui et s’il y aura des innovations dans le domaine des énergies renouvelables dans les 40 prochaines années, le scénario ne dépend pas d’elles pour être viable. Ces innovations ne rendront la transition que plus facile ! Encore faut-il s’engager dans cette voie…

Les piliers du plan

Le scénario négaWatt repose sur trois piliers : la sobriété énergétique, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Sobriété énergétique ne signifie pas indigence ou pénurie. Il n’est pas question d’un hypothétique retour à la bougie mais de partir précisément de nos besoins en énergie dans  les trois usages de l’énergie : la chaleur (et le froid), la mobilité et l’électricité spécifique (éclairage, électroménager, informatique, électronique, force motrice) pour remonter ensuite vers les solutions de fourniture d’énergie primaire.

L’association négaWatt a ainsi collecté et analysé des milliers de paramètres et construit un modèle numérique afin de  simuler le scénario de transition heure par heure jusqu’en 2050 ! En effet, l’électricité est une énergie de flux qui se stocke assez difficilement et il faut en permanence équilibrer le réseau. Les technologies de Smart Grid sont importantes dans ce contexte…

Une pépite : la méthanation

Le scénario négaWatt privilégie la transition douce et la réutilisation de l’existant. J’ai particulièrement apprécié la pépite de l’utilisation de la méthanation.

L’électricité se stocke mal. Aujourd’hui, le surplus électrique est principalement stocké avec de l’hydraulique, en turbinant l’eau à l’aval des barrages vers la retenue d’eau du barrage. Des travaux sont en cours autour du stockage en chaleur, en hydrogène, en air comprimé, mais aucune solution n’est facilement déployable à grande échelle.

La proposition du scénario négaWatt est d’utiliser un procédé inventé par Paul Sabatier, récompensé en 1912 par le prix Nobel de chimie : la méthanation (ou réaction de Sabatier). Ironie de l’histoire, le prix Nobel 1911 de chimie avait été décerné à Marie Curie pour ses travaux sur la radioactivité et a – quelques décennies plus tard – conduit au nucléaire ! Il est peut-être temps de donner à la méthanation sa chance…

La méthanation permet de produire du méthane (CH4) à partir de dihydrogène (H2) et de gaz carbonique (C02). Le méthane compose l’essentiel du gaz naturel (le gaz de ville). La production d’hydrogène peut aisément s’effectuer à partir de l’hydrolyse de l’eau avec de l’électricité. Le gaz carbonique peut être récupéré auprès des processus industriels utilisant la combustion.

L’idée est donc d’utiliser le surplus d’électricité produit par les systèmes renouvelables (éolien, photovoltaïque, biomasse) pour produire de l’hydrogène qui est transformé par méthanation en méthane.

Le méthane est ensuite injecté dans le réseau de gaz pour être stocké et distribué partout en France! Le réseau de distribution de gaz dessert en effet 70% de la population française!

L’électricité, énergie de flux, est ainsi transformée en gaz naturel renouvelable, énergie de stock !

Cerise sur le gâteau, le gaz est très facilement utilisable dans les moteurs à explosion classiques et peut donc servir à substituer au pétrole le carburant de nos voitures. Il faut seulement changer le réservoir de carburant et le carburateur… La combustion ne génère que du CO2 (pas de particules). La question du vecteur énergétique pour la mobilité est donc correctement solutionnée, sans bouleverser totalement le modèle actuel.

Quelle pépite !

Une approche systémique

Le scénario négaWatt ne se limite pas à l’énergie et inclut les questions de l’utilisation des ressources naturelles (pour la nourriture notamment) ou encore l’aspect social (avec la création d’emplois).

L’objectif est de « Léguer à nos descendants non pas des fardeaux et des coûts, mais des bienfaits et des rentes ».

Le manifeste négaWatt fournit un scénario de transition basé sur 10 mesures principales concrètes; elles assurent les orientations structurantes.

Et dès 2045, la France devient autonome à 91% en énergie!

Cette autonomie énergétique a bien sûr une répercussion forte en termes économiques (importations), environnementaux et sociaux (stabilité, des prix, emplois non délocalisables).

N’est-ce pas du développement durable?

Et les éco-TIC?

Les éco-TIC ne sont pas oubliées. Déjà la simulation a été essentielle pour confirmer la véracité du scénario. Et elles sont largement utilisées dans la gestion des énergies (smart grid, efficacité énergétique) comme dans la transformation d’usages (éco-mobilité, mise en place de circuits courts, télécentres (appelés hotels d’activité), etc.).

Quelle suite?

Pendant longtemps, les réponses de nos gouvernants sur la transition énergétiques vers les énergies renouvelables se limitaient à un laconique « ce n’est juste pas possible techniquement». L’association négaWatt prouve le contraire.

La question ne se pose plus maintenant sur le thème de la faisabilité mais sur un choix de société.

Voulons-nous vivre dans une société réellement durable ?

Olivier.

PS : lisez et faîtes circuler ce manifeste négaWatt ! Le débat doit progresser…

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La Fondation Ellen MacArthur en français dans le texte

La Fondation Ellen MacArthur a travaillé dur cet automne et a désormais son site en français (http://www.ellenmacarthurfoundation.org/fr ), avec le /fr qui fait toute la différence! 🙂

De nombreuses vidéos sont également disponibles sous-titrées en français et il est possible de suivre les nouvelles de la Fondation sur Twitter dans la langue de Molière sur @EMacArthurFR.

Le site de la Fondation Ellen MacArthur récèle une mine d’informations sur l’économie circulaire et de liens pour se former, s’inspirer des réalisations, comprendre les enjeux.

A inscrire dans ses favoris!

Olivier.

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Economie circulaire: lorsque l’éthique structure

Vous connaissez l’intérêt que je porte à l’économie circulaire. J’ai déjà consacré plusieurs articles sur le sujet et Cisco s’est engagé avec la Fondation Ellen MacArthur qui travaille à transformer notre économie vers l’économie circulaire.

Je voulais partager un essai que je trouve excellent sur les rapports entre l’économie circulaire et l’éthique professionnelle. Cet essai a été présenté lors du concours organisé par le Rotary et la Conférence des Grandes Ecoles en mai 2011 et a reçu une distinction particulière avec une mention spéciale du jury (prix national).

L’essai a été écrit par une étudiante de l’Ecole de Management de Strasbourg, Mélodie Seznec. Tiens, ce nom me dit quelque chose. Mais bien sûr! Il s’agit de ma fille! 😉

Mélodie Seznec reçoit son prix

Mélodie Seznec reçoit son prix

Indépendamment de tout favoritisme ou de tendance au népotisme, je trouve l’essai bien construit, bien argumenté et bien illustré. Il faut avouer que je l’ai relu ! 😉

Je pense que cet article souligne les bénéfices de l’approche systémique de l’économie circulaire qui inclut les diverses externalités (comme l’éthique) dès la conception.

Je vous laisse découvrir l’article.

Olivier.

Angle d’approche

Au cours de mes études en école de commerce, j’ai pu constater que bien souvent l’éthique est un sujet à part dans le monde de l’entreprise. Une entreprise possède une gamme de produits que nous qualifierons de « normaux » et un produit à part avec des caractéristiques éthiques (une juste rémunération des sous-traitant, matériaux biologiques etc..). Une autre entreprise pourra adopter une charte éthique et continuer à commercialiser des produits non-éthiques. Ainsi donc, l’éthique ne semble jamais – ou du moins très rarement – être intrinsèque à une entreprise.

L’envie de participer à ce concours m’est venue en lisant Cradle to Cradle, en français : du berceau au berceau, l’ouvrage de Michael Braungart et William McDonough, expliquant les concepts de l’économie circulaire. Leur vision m’a apporté une nouvelle perspective où l’éthique,  au lieu de s’additionner à un système traditionnel, devient la structure même du système. Au lieu d’être un outil légitimant, l’éthique devient la raison d’être de l’économie. Je souhaite partager ma découverte à travers cet essai.


Synthèse de l’essai

Un état des lieux de la place de l’éthique dans l’entreprise d’aujourd’hui permet de constater que, bien souvent, elle  justifie, légitime, donne de la valeur, mais dans la plupart des cas ne résulte que d’un besoin latent qui se révèle en fonction des risques au gré des projets menés par les entreprises. L’éthique s’ajoute in-fine à la stratégie des entreprises. Certains dirigeants s’évertuent encore à se poser la question : avons-nous vraiment besoin d’éthique?

Les multiples défaillances de notre système économique actuel ne cessent de nous montrer ses limites. La sonnette d’alarme a été tirée, il est l’heure d’avancer de nouveaux modèles. Nous proposons celui de l’économie circulaire. Un modèle fermé, inspiré de la nature, où les ressources circulent de manière infinie et où les déchets deviennent des ressources. Chaque élément et ses externalités positives et négatives sont tous pris en compte et valorisés : rien ne se perd, tout se crée, tout se transforme ! Ce modèle propose une nouvelle vision de l’éthique, intrinsèque à l’économie. Dans ce modèle l’éthique est une condition vitale pour une réussite durable.


Bibliographie


  • Livres

(1)  McDonough W., Braungart M., Cradle to Cradle, remaking the way we make Things, 2002.

(2)  Madoz J-P., Ethique professionnelle, collection « 100 questions pour comprendre et agir », AFNOR, 2007

  • Périodiques

(3)  magazine littéraire, Lévinas : Ethique, religion, esthétique : une philosophie de l’Autre. N°419, Avril 2003.

  • Internet


(4)  Green biz, http://www.greenbiz.com/

(5)  Ellen McArthur Foundation, http://www.ellenmacarthurfoundation.org/business

(6)  Cradle to Cradle portal, http://www.c2cportal.net/

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« En ce moment la plus grande nécessité économique de l’Amérique c’est d’avoir

des règles éthiques plus sévères, des règles renforcées par des lois strictes et soutenues par des chefs d’entreprises responsables.  »

     George W. Bush, ancien président des Etats-Unis, discours sur la responsabilité des

entreprises – 9 juillet 2002 –




Introduction

La notion d’éthique est omniprésente et a été appliquée à tous les domaines, banalisée, vulgarisée. Sollicitée lors de chaque conflit, nous pouvons dire qu’elle est mise à mal. L’un des pères de l’éthique, Emmanuel Lévinas, a commencé ses études de philosophie à Strasbourg, au sein de la même université où j’ai la chance d’étudier aujourd’hui. Je me suis donc attachée à son approche de l’éthique publiée en 1961 au travers de sa thèse : Totalité et Infini. Il ne s’agit pas pour lui de construire une éthique, en énonçant des règles morales, mais plutôt de dégager la signification  générale du rapport d’éthique ; l’éthique dans son oeuvre est un événement : la rencontre de l’Autre. L’éthique signifie alors la mise en question de l’égoïsme du moi par autrui. C’est une relation marquée du sceau du désintéressement où le sujet est responsable de l’autre sans exiger une quelconque réciprocité.

Qu’est-ce que l’éthique professionnelle? L’éthique professionnelle est définie par l’AFNOR comme « inscrite dans la liberté personnelle d’agir et dans les choix individuels du principal dirigeant de l’entreprise. Elle se fonde sur des valeurs universelles et sur la volonté d’être au service de l’homme, du bien commun et de la société dans son ensemble. L’éthique va au-delà des intérêts du dirigeant, de l’entreprise ou d’un seul des parties prenantes ». L »éthique professionnelle a pris de l’ampleur face à la pression exercée par l’ensemble des parties prenantes depuis les années 80 et avec l’avènement de la « démocratie du consommateur », où le consommateur a un pouvoir égal à celui des entreprises (selon les termes de Sergio Zyman ancien patron marketing de Coca Cola). La montée en puissance des nouveaux moyens de communication, facilitant la circulation de l’information, a progressivement obligé les entreprises à adopter des stratégies éthiques. Le philosophe Jacques Derrida, ami d’Emmanuel Lévinas, nous met en garde : « Une des formes les plus inquiétantes de ce que vous appelez défaut de lucidité ou la récupération, est l’utilisation, aujourd’hui si répandue et si facile, de l’instance présumée éthique pour neutraliser l’urgence inéluctable et la conflictualité tragique des responsabilités politiques »[1]. Ce n’est donc pas une coïncidence qu’Emmanuel Lévinas soit devenu « à la mode » dans les années 80.

Lors d’une conférence dans mon école un intervenant à demandé aux élèves présents : « De quoi une entreprise a-t-elle besoin ? » Les réponses ont été unanimes : « Faire des profits! » A en croire ces mêmes élèves, la question de l’éthique est subsidiaire. Les entreprises ont-elles en effet besoin d’éthique? Ce besoin est bien souvent latent et se révèle en fonction des risques qui apparaissent, lors des projets menés par l’organisme ou par ses partenaires. L’éthique est un champ de tensions qui se situe entre l’intérêt de l’entreprise, l’intérêt général et les intérêts d’autrui.

La question paraît réglée! Mais pourtant, depuis la révolution industrielle, c’est la neuvième crise majeure que nous subissons. Peut-être est-il temps de questionner notre système et de proposer un nouveau modèle économique. Peut-être avons nous effectivement besoin d’éthique, bien plus que ce que les futurs dirigeants veulent penser.


[1]   Derrida avec Leninas, entretien, dossier sur Levinas, magazine littéraire, N°419 Avril 2003.

  1. Quelle place pour l’éthique dans l’économie aujourd’hui?

Nous sommes conscient des mauvaises conditions du travail de certains peuples et des relations inéquitables entre les pays depuis l’antiquité et nous connaissons l’implication de l’homme dans la dégradation de l’environnement depuis déjà 50 ans, lors de la publication du livre Silent Spring[1] de Rachel Carson. Et pourtant quelles actions avons nous entrepris contre ces dysfonctionnements? Il semble que nous soyons tous concernés par ces problématiques. Mais qui est impliqué? C’est là toute la différence. D’où la célèbre boutade de l’oeuf au bacon confrontant la poule concernée fournissant l’oeuf et le porc impliqué fournissant le bacon…

Emmanuel Lévinas pense que l’éthique naît de cette confrontation à l’Autre. Alors que nous réalisons pleinement les conséquences désastreuses ou positives que peuvent avoir chacune de nos actions dans le monde de l’entreprise sur l’Autre (comprendre ici les sphères sociales, environnementales…), nous comprenons  très bien le développement de l’éthique. D’abord essentiellement porté par le mouvement écologique, d’autres disciplines ont maintenant pris le relais. Ainsi le grand philosophe français, Michel Serres, membre de l’académie française déclarait en mars 2011 : « Je vois nos institutions luire d’un éclat semblable à celui des constellations dont les astronomes nous apprirent qu’elles étaient mortes depuis longtemps déjà. » [2] Son discours, prononcé à l’Institut de France lors de l’ouverture d’un colloque sur la nécessité d’une réforme de l’éducation, rejoint la vision que nous cherchons à partager ici, celle d’un monde arrivé à ses limites et qui se doit de changer le plus prestement possible, alors même que la gloire de son système continue de faire des émules. Quelle difficulté !

Le besoin d’éthique pour les parties prenantes est aujourd’hui compris par les entreprises. Elles l’incorporent à leurs stratégies. En ajoutant dans leurs départements des postes de «  responsables éthiques », elles se dotent d’engagement moraux vis à vis de la communauté par le biais de chartes éthiques. Ces démarches de recherche et de valorisation de l’éthique sont toutes louables, même si quelquefois elles servent à cacher une face bien triste et noire (l’ONG Greenpeace les nomme greenwashing ou éco-blanchiment). Les manuels scolaires indiquent que pour adopter ces stratégies éthiques de manière profonde et réelle, les entreprises se doivent de changer structurellement. Mais combien se transforment vraiment? Nestlé vient d’être élue par le magazine Fortune dans le top 10 des entreprises les plus responsables. J’avais pourtant l’image d’une entreprise qui avait rendu le prix du lait bien trop élevé pour tout un continent, obligeant ainsi des mères à acheter du lait en poudre et des bouteilles d’eau minérales Nestlé pour pouvoir nourrir leurs enfants.

Je ne peux me résoudre à croire que le rachat systématique de coopératives[3] de lait en Inde et en Chine par Nestlé soit responsable. Il est vrai que Nestlé s’est démarquée par le nombre de financements philanthropiques durant les dix dernières années, mais n’étaient-ce pas tout simplement pour racheter leur image tant entachée de scandales? Il ne faut point confondre la responsabilité sociale et la philanthropie. Une entreprise Nestlé responsable et éthique se serait engagée depuis longtemps à commercialiser des cafés biologiques et équitables, au lieu de se satisfaire et de se vanter d’atteindre péniblement à peine 1% de la totalité du café commercialisé.

L’éthique n’a pas pleinement sa place dans notre système. Notre économie est linéaire. Les produits sont conçus à notre image : ils naissent, vivent, meurent. Le système entier est individualiste. L’idée d’éthique, entendons là, la mise en question de notre égoïsme par Autrui, est subsidiaire. En effet, si l’éthique professionnelle existe dans une entreprise, elle l’est presque uniquement sous la forme d’une addition. Une entreprise lambda essaie de réduire ses déchets et de les recycler, mais très rarement de les valoriser, d’en constituer une richesse pour Autrui.


  1. Quels sont les liens entre l’éthique et le développement soutenable ?



Le développement durable, ou soutenable comme le disent les anglophones, est selon la définition du rapport Bruntland de 1987, « un développement qui répond au besoin des générations du présent, sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Cet intérêt pour Autrui est profondément éthique. Ce développement prend en compte tous les impacts d’une action sur ce qui n’est pas le moi. Le développement durable s’attache à trois champs : le social, l’environnemental et l’économique. L’éthique cherche également à intervenir dans ces trois champs. Le postulat que nous faisons dans cette partie est que l’éthique et le développement durable ne peuvent se développer pleinement dans notre système économique car au jour d’aujourd’hui ce sont des notions ajoutées in-fine au système.

L’éthique aujourd’hui procède comme du recyclage : une addition à un système antérieur. A la base, notre économie n’avait pas prévu ni éthique, ni recyclage. Seulement, confrontées à leurs limites et à leur impact désastreux sur l’environnement, les entreprises ont commencé à prendre en compte ces notions comme critères additionnels. Aujourd’hui le recyclage paraît être une solution adéquate à la gestion des déchets. Pourtant, les produits n’ont pas été conçus en ce sens et s’avèrent complexes à recycler (du papier inséparable de son encre, une canette d’aluminium de sa peinture..). Souvent, le recyclage conduit au sous-cyclage, l’obtention de matériaux nettement plus pauvres que les matériaux initiaux, quelques fois inutilisables sans l’adjonction de nouveaux produits toxiques (comme pour le papier recyclé, blanchi avec de fortes doses de produits dangereux afin d’être réutilisable). Un récent article de la BBC[4] a d’ailleurs révélé au public que les emballages recyclés peuvent intoxiquer leur contenant, ce risque était pourtant connu depuis de nombreuses années. Pour en revenir à l’éthique, la situation est la même à partir du moment où la structure initiale n’a pas changé. L’éthique n’aura qu’un champ d’intervention limité car elle s’ajoute à une structure non éthique à la base, et qui n’a pas été imaginée dans cette optique. Et de même que pour le recyclage,  avec le sous-cyclage,  l’adjonction de l’éthique ne sera qu’un ersatz de l’éthique.

« Malgré ma colère, je ne suis pas aveugle et malgré ma peur, je n’ai pas peur de changer le monde comme je le sens. » nous déclarait Severn Cullis – Suzuki du haut de ses 12 ans, lors du sommet de la terre de Rio de Janeiro en 1992. Un an plus tôt, Michael Braungart et Bill Mc Donough se rencontraient pour la première fois et imaginaient ensemble une économie circulaire, où les déchets des uns deviennent ressources pour les autres, où tout produit est pensé en cycle, pour un recyclage vertueux infini, où la nature sert de modèle. Un modèle éthique.



  1. La boucle est bouclée : Lorsque l’éthique structure l’économie

« L’entreprise doit faire des profits sinon elle mourra. Mais si l’on tente de faire fonctionner une entreprise uniquement sur le profit, alors elle mourra aussi car elle n’aura plus de raison d’être. » Henry Ford, lui même fit cette déclaration. L’intérêt de l’économie circulaire réside dans un modèle économique imaginé pour les entreprises dans le but de réaliser du profit, mais de manière environnementale et éthique.

L’économie circulaire[5] s’apparente au biomimétisme, une approche s’inspirant de la nature qui considère notre système économique comme un organisme acteur d’un écosystème, avalant et rejetant des nutriments. Tout comme dans la nature, dans une économie circulaire, le concept de déchet ultime n’existe plus : les déchets deviennent des ressources. Ces ressources circulent infiniment dans deux boucles closes : un cycle de flux de ressources organiques, et un cycle de flux de ressources techniques (les matériaux plastiques ou métalliques par exemple). Les produits sont ainsi conçus avec l’idée qu’ils seront un jour démantelés et recyclés, chaque matériau étant connu, sain et parfaitement séparable des autres pour un recyclage infini.

L’économie circulaire tend à retrouver la richesse de la nature : en partant du principe que les systèmes complexes dotés de connexions et de strates multiples sont plus résistants aux chocs extérieurs que les systèmes conçus pour leur seule efficacité ; la diversité devient une force. Le dernier élément important est la juste estimation des prix. Les prix des produits et services de l’économie circulaire reflètent la réalité : intégrant les externalités de l’activité économique dans le prix. La certification C2C[6] (Cradle to Cradle) contrôlant la composition chimique précise, l’énergie requise pour la production, le potentiel de réutilisation, l’impact environnemental… permet de connaître précisément les produits participants de l’économie circulaire.

Lors de la conception de leurs produits et services, les entreprises de l’économie circulaire répondent à trois questions fondamentales : est-ce bon pour l’homme? Est-ce bon pour l’économie? Est-ce bon pour l’environnement? Examinons maintenant si l’éthique est réellement intégrée pour autant.

L’éthique professionnelle aborde trois dimensions : celle de chacun au sein de l’organisme, celle de l’organisme et celle de ceux qui sont externes à l’organisme.

La première dimension de l’éthique professionnelle est celle de chacun au sein de l’organisme. Les entreprises adoptant une démarche d’économie circulaire travaillent en concertation avec les employés et les encouragent à prendre part au changement. Cette démarche affecte chacun et tous y prennent part. L’usine Herman Miller aux USA, fabricant de mobilier de bureau, a ainsi été conçue dans le souci du respect des employés. En effet, l’espace de travail avec les machines est éclairé par de grands puits de lumière naturelle et de la végétation orne les espaces communs.. L’une des conséquences a été la chute du taux d’absentéisme, normalement assez élevé dans ce genre d’industrie et une plus grande satisfaction de la part des employés.

La seconde dimension de l’éthique professionnelle est celle de l’organisme lui-même. Elle semble être la plus évidente, étant donné que toute entreprise, quelle qu’elle soit, est dirigée par un homme ou une femme qui possède ses propres valeurs morales. Mais pour que l’éthique s’applique au sein de l’organisme, les seules valeurs du dirigeant ne sont pas suffisantes. Celui-ci doit faire preuve d’une transparence envers les parties prenantes, et doit collaborer avec ses conseils d’administration ou de surveillance et ses employés. Ce modèle à été mis en place lors de la concertation pour la réhabilitation des anciens bâtiments de Ford dans le Michigan. En 1999, William Clay Ford Jr, président du groupe Ford Motor Company fit l’annonce que l’usine de River Rouge allait bénéficier de 2 milliards de dollars de travaux afin de réhabiliter les bâtiments et de restaurer le milieu. La première étape fut la création d’une « Rouge Room », où tous les acteurs (architectes – biologistes – conseil d’administration etc…) de ce changement allaient se réunir. Les employés furent également invités à prendre part aux discussions. Allant à contre-courant de la tendance de l’industrie automobile, en menant une politique entièrement éthique et responsable, Ford a réussi à revaloriser son site historique américain en toute transparence.

La troisième dimension de l’éthique professionnelle, est celle liant l’organisme à l’environnement social et environnemental. L’exemple du restaurant De Kas, situé à Amsterdam [7] illustre parfaitement ce point dans la réflexion qu’il a développé autour de ses interactions avec son milieu. Les déchets organiques sont utilisés de deux manières. La décomposition d’une partie, fournit le gaz valorisé ensuite comme chauffage. L’autre partie sert de nourriture pour un élevage de poisson, ensuite réutilisé comme nourriture par le restaurant. Les eaux usées sont traitées localement par lagunage, un bassin de traitement à base de plantes. Ce restaurant a ainsi réussi à former des cycles fermés d’énergies et de nutriments à l’échelle locale.

Reprenons l’image développée dans Cradle to Cradle du cerisier en fleur parsemant de fruits la terre. Sur la multitude de ces fruits seulement quelques uns se transforment à leur tour en arbre. Et pourtant les autres fruits tombés ne deviennent pas des déchets : en pourrissant ils nourrissent la terre  et participent pleinement à l’écosystème. Les entreprises de l’économie circulaire sont telles ce cerisier. Il n’est plus question de « minimiser l’impact », bien au contraire, mais de rechercher la plus grande interaction possible avec l’environnement (social et écologique). L’économie circulaire désire l’exubérance, la richesse, la diversité et le plaisir.

Conclusion

Le siècle dernier à été le théâtre de grands bouleversements au niveau mondial. La France a eu la chance de se démarquer par sa richesse culturelle et intellectuelle et de pouvoir ainsi devenir un acteur important du système économique mondial. Ce même système, autrefois vu comme vecteur de progrès, est aujourd’hui en crise. Les crises sociales, écologiques, la pression montante des parties prenantes, ont progressivement amené les entreprises à considérer des réponses éthiques, durables et responsables. Cependant ces actions ne font que s’ajouter in-fine à un système justement fini. L’implication de ces valeurs au sein des entreprises s’en trouve limitée. Un changement de la structure du système paraît nécessaire.

J’ai en tête cette phrase d’Albert Einstein : « Nous ne sortirons jamais de la crise avec la mentalité qui a crée la crise en premier lieu. »

Nous avons proposé à travers cet essai une autre façon d’envisager l’éthique, autrement dit un autre paradigme, une autre manière de concevoir l’économie. Ce modèle, à l’inverse de ceux qui opposent écologistes et industriels, est destiné à réconcilier les deux clans dans une dynamique positive. Le problème de l’inclusion de l’éthique dans l’économie est sublimé dans une nouvelle alliance mariant l’économique, l’environnemental et l’éthique.  Les principes de l’économie circulaire existent depuis vingt ans, et, progressivement, des entreprises s’y convertissent, des grands groupes, tels Nike et Ford, s’y intéressent de près. Des états, comme les Pays-Bas commencent à intégrer des notions d’économie circulaire dans leur politique d’achat public. La France saura-t-elle  comprendre l’opportunité formidable de l’économie circulaire, sa dynamique environnementale et éthique et en devenir un des chantres ?

Le temps n’est plus à l’espoir en un monde meilleur, mais à l’action !

Mélodie Seznec

Mai 2011


[1]   Silent Spring – en français : printemps silencieux- décrit de manière scientifiques les liens entre l’utilisation abondante de pesticides et la mort de certaines espèces d’oiseaux aux USA.

[2]   Le monde.fr, éduquer au XXIe siècle par Michel Serres, http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/05/eduquer-au-xxie-siecle_1488298_3232.html

[3]            Des informations précises sont données dans le rapport 2009 du développement durable Nestlé.

[4]             BBC, Food sold in recycled cardboard packaging poses risk, 8 March 2011, http://www.bbc.co.uk/news/uk-12663183

[5]   Ellen McArthur foundation, Chapter II : The circular model founding principles, 20 Aout 2010,  http://www.ellenmacarthurfoundation.org/about/circular-economy/part-ii-the-circular-models-founding-principles

[6]          C2C portal, the #1 independent source for all things cradle to cradle, http://www.c2cportal.net/


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Ellen MacArthur rencontre les jeunes filles connectées

Fort du succès des précédentes éditions, le réseau féminin de Cisco organise l’évènement Connected Girls, le mercredi 18 mai 2011.

A partir de 13h30 et durant tout l’après midi, dans nos locaux d’Issy Les Moulineaux et de Sophia Antipolis, les jeunes filles de 15 à 18 ans, auront l’opportunité de rencontrer des femmes qui, après des études scientifiques, exercent avec passion leur métier et contribuent à changer le monde.


« Génération Numérique : J’invente le monde de demain » tel sera le thème de cette nouvelle édition.

Avec la participation exclusive d’Ellen MacArthur en séance plénière, les jeunes filles découvriront comment les sciences contribuent à transformer la société et la notion d’économie circulaire ou comment repenser la création et la production de nos produits au quotidien pour pouvoir recycler à l’infini, sans jamais créer de déchets. Des ateliers et des témoignages de femmes étonnantes venues partager leurs motivations, parcours, expériences et convictions rythmeront cet après midi.

Cet événement est une occasion unique de découvrir les principes de l’économie circulaire et de travailler avec Ellen MacArthur et sa fondation sur un cas d’application pratique: la ville.

Cet évènement est dédié aux jeunes filles.
Inscrivez-vous dès maintenant!

Olivier.

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Les bonnes lectures du printemps

Le printemps arrive et annonce le moment des semailles: il faut semer pour récolter!

Je vous propose de profiter du printemps pour semer de nouvelles idées!

Tout d’abord, le livre fondateur de l’économie circulaire, Cradle to Cradle de William McDonough et Michael Braungart, est désormais disponible en français. Cradle to Cradle, abrégé C2C – en français Berceau au Berceau – redéfinit l’éco-conception. Il ne s’agit plus de mesurer l’impact environnemental d’un produit de sa fabrication à son élimination ( du berceau à la tombe – en anglais Cradle to Grave ) mais de repenser le produit dans un cycle fermé où le produit en fin de vie devient ressource pour une réutilisation. Nous ne sommes pas dans le cas classique du recyclage où les matériaux sont récupérés autant que possible et dans la réalité sont sous-cyclés, dans le sens où ils ne peuvent être réutilisés dans leur usage initial, mais dans le cas où ils peuvent être réutilisés à l’infini.La démarche d’éco-conception repose sur la satisfaction de trois critères: bon pour l’homme, bon pour l’environnement, bon pour l’économie. La consommation de tels produits ne génère pas de nuisances externes et transforme le paradigme du développement durable. La question de l’éco-efficacité est remplacée par celle de l’éco-efficience, ou comme le traducteur de l’ouvrage le préfère par l’éco-bénéficience. Cradle to Cradle permet de réconcilier les partisans de l’économie et ceux de l’environnement ; la perspective n’est plus de faire moins mal, mais bien. Et tout le monde y gagne!

Le livre explique pas à pas les principes de la démarche et illustre par de nombreux exemples les réalisations déjà en place. Petit à petit, l’idée se propage et le livre, traduit en plus de 20 langues à travers le monde, a été déjà vendu en Chine à plus de 20 millions d’exemplaires ( le plus grand succès depuis le petit livre rouge de Mao! ). Gageons que l’économie circulaire devrait progresser fortement à travers le monde dans les années à venir!

N’est il pas temps de repenser l’éco-conception?

Le deuxième livre du printemps est l’ouvrage d’Ellen MacArthur, Les pieds sur terre,  qui sort cette semaine. Ce livre reprend le parcours singulier d’Ellen MacArthur qui l’a amené à l’été 2010 à mettre fin à sa carrière de navigatrice pour se consacrer, avec sa fondation, à transformer notre économie vers l’économie circulaire.Son témoignage et son engagement sont une formidable source d’inspiration pour transformer notre environnement de manière durable. A nous de jouer aussi!

Bonnes lectures!

Olivier.

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Les six règles de l’éco-efficience

Lors de la conférence 10+1 organisée par la Fondation Ellen Mac Arthur,  Stef Kranendijk, CEO de la société Desso, très engagé pour transformer son entreprise vers l’économie circulaire a rappelé les six règles de l’éco-efficience:

1) avoir une empreinte positive

2) augmenter la qualité de la vie et de l’environnement

3) réutiliser les matériaux en fin de vie (concevoir le produit pour un démantèlement facile)

4) utiliser des matériaux recyclés comme source de matières premières

5) n’employer que des matériaux 100% sains pour les humains

6) utiliser des énergies renouvelables

C’est simple, non? Nous avons un cadre intéressant à suivre pour l’industrie des TIC…

Olivier.

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